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baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et les faire contribuer, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essayistes.

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suites d'extraits de versets (écrits dès les nineties)

Quelques uns font encore semblant

entre deux whiskies, entre trois parties

malgré leurs privilèges garantis

de faire la révolution ou d'apprécier celle des autres

mais ce qu'ils aiment par dessus tout

c'est qu'il n'y ait plus d'idéologies

plus d'idéologie du tout

mais des sociologies du néant

Nous voulions libérer les peuples

Ils ont libéré les moeurs

Nous cherchions un juste marché

Ils ont fait le libre échange

Leur prurit libertaire s’est converti en laisser faire

sans laisser faire bien évidemment

les courants concurrents

 

Une génération s’est partout poussée devant

Ses réseaux ont occupé tant de postes influents

chez les uns et les autres, copains et adversaires

qu’elle a aisément écarté des facultés d’expression

ceux venant de plus loin qu’elle

ne sentant pas, ne pensant pas

ne jugeant pas comme elle

et qui n’étant de leurs chapelles

se sont, bel et bien, souvent faits censurer

- il suffit tout simplement de refuser ou de ne pas commenter -

ce qu’ils voulaient faire connaître et publier

 

Les chiens des garde nés d’un mai d’illusions

les ont tenu à l’écart plus encore par l’éditorial

qu’ils ont largement colonisé

le poisson pourrit par la tête

que par le capital dont l’intérêt libéral

- ça tombe bien - du même tonnneau

a su récupérer la critique artiste

pour mieux neutraliser la critique sociale

 

C’est qu’en soixante ans de sarabande

un autre monde est né que j’ai laissé passé

dont je ne connais ni les musiks

ni les people, ni les albums

ni les gadgets de com

dont je ne veux ni des disciplines

ni des libertés

ni que fictions et réalités

y rivalisent d’effets spéciaux

d’instincts dragués et de culots

 

Tout au long même de ces années

ce monde, s’il s’est un peu amélioré

a aussi multiplié les malades

les faméliques, les rats et les égorgés

 

Partout les imbéciles et les déshonneurs

y ont allumé des brandons dispersé

et la guerre du feu y a bien prospéré

Trop en a été dit et chaque jour en est répété

pour à nouveau le raconter

sinon que le charcutent les scalpels prétentieux

d’intellectuels au goût de jours vite passés

redécouvrant en termes souvent illisibles

mais heureusement volatils

ou propageant par stéréotype

les vulgates ou trahisons des prêts à penser

 

De la terreur et des rires

du napalm et des sunlights

du show biz et de la misère

la vermine, la peur et le froid des camps

les familles broyées dans l'incendie des villes

des jungles enlacées de pièges et de flammes

 

Les loups rassasiés dorment dans les poubelles

l'informatique irrigue les charniers

chacun couche avec la femme de l’autre

et l’autre méprise la vôtre

Il n’est que l'innocence pour ne pas s'ennuyer

 

On n'a pas encore trouvé le moyen

de faire sortir les enfants du ventre de leur père

mais il est revendiqué

que, sans mère

deux hommes accouplés puissent en élever

en attendant que le clonage humain

rende inutile de procréer

 

Femme, tu n’es plus l’avenir de l’homme

mais le fantôme d’un passé

dont il faisait les lois et toi les moeurs

la partenaire moins égale que suprême

comme la mort elle-même

qui joue les atouts des deux sexes

qui paye et prend à ses manières

sur tous les tableaux paritaires

où chacune joue, gagne ou perd

 

Et, dès qu’ils sont sortis des tripes nourricières

peut-être ensemencées par un père masqué

tes enfants vont en masse dans des pouponnières

avant de former les nouveaux régiments

de chômeurs consommateurs

s’éclatant ou grappillant

sur la misère des autres continents

 

Dans les stades, des coupes et des jeux

des mercenaires dopés qui valent très cher

galvanisent des foules pour changer en fêtes

des instincts d’agression et de domination

C’est la bonne école de la concurrence mondiale

 

L’offre de sexe exponentielle

ne fait plus deviner mais elle expose

faisant flamber l’envie du rut

et vendre le viagra

En attendant, pauvres adolescents

que vous soyez blasés avant d’être impuissants

voyez mon nombril sur ce doux ventre rond

votez pour le string qui me sculpte les fesses

apprécier le relief de mes parties

les pruneaux de mes seins et ma fente incrustée

l’enfant moulée premier et dernier cri

que sa tenue d’emblée offre à violer

 

Belle impunie au nom des libertés

la provoc, lorsqu’elle ne tue qui la pratique

dans le boomerang de quelques tournantes

a installé l’endémie d’une peste

et l’on a mis au pilori qui la conteste

tous ces ringards dont je suis

 

Les signes d’autres Fois

et d’autres droits que ceux du tout permis

sont incompris

voile et foulard collectent les lazzis

alors que j’aime y voir sous les apparences pudiques

le meilleur qui soit de l’érotique

le risque et l’interdit

l’inaccessible est mieux que le promis

et sa valeur est ainsi sans prix

 

Il te faudra quand même de la drogue en poche

pour oublier l’appel de ces épaules nues

et le duvet des bras, le velouté des peaux

ces gorges offertes dans l’odeur des aisselles

ces parfums de femmes que tout homme idolâtre

lorsque bus et métros plaquent contre ton corps

l’essence d’inconnues un instant inhalées

Va donc les semer de tabacs en cinés

Il y a tant de films que dans le lot du nombre

il s’en trouvera bien un qui te conviendra

pour chercher un temps dans des destins fantômes

ce que le tien n’assouvit pas

 

Détournons nous tous

des estrades qui firent le Verbe théâtre

devenues burlesques par le plein des ordures

en proposant l’ennui collectif de l’obscène

ou ces contes ravaudés en caricatures

de mythes éternels ainsi remis en scène

pour redire à grand prix, mais pas mieux qu’autrefois

ce que l’on sait des dieux, des hommes et des rois

 

Dans l’éventail de mille fictions historiques

je retrouve parfum ou puanteur des siècles

qu’illustrent tour à tour de crédibles remakes

et j’aime aussi y lire une pendule ou deux

qu’un écrivain fouineur a su bien mettre à l’heure

 

Mais je suis bien heureux de n’être pas au nombre

de ces morts illustres dont le nom sert d’appât

ou de ces « Grands » qu’on ne déguise même pas

pour en vendre l’histoire en quelque travesti

prétendant écrire ce qu’ils firent et furent

Quand le scénario est la fable qui ment

quand l’imaginaire se prétend document

il n’est plus d’identité qui soit garantie

et mieux vaudrait garder le secret de leurs vies

 

Que la postérité s‘y trompe est bien le but

des marchands de soupes, d’intox et mascarade

qui font passer des faux pour des faits avérés

auxquels croient des publics sans formation critique

dont l’illusion de savoir va de pair

avec des navigations de hasard

sur des sites aléatoires

 

Et je ne parle pas des créations plastiques

allant d’installations en point mathématique

de millions de gélules

aux espaces tout nus

de monuments faits de scories coriaces

en éphémères pestilentiels

ou difformités célébrées par des cerceaux criards

 

Si je fus compétent, je suis perdu

surtout depuis qu’un farceur monochrome

du gland de son pinceau, je ne peux mieux le dire

a levé la fille dont j’étais l’homme

Quand on a la puissance d’argent ou de cul

- ce qui réserve l’extase à quelques élites -

on peut se choisir l’absurde ou l’insolite

et admirer ainsi les commandes publiques

 

Plus jubilatoire est l’horreur

et mieux les thrillers sont vendeurs

J’aime mieux ne pas avoir de nom

que d’avoir écrit ces saloperies

grâce auxquelles des auteurs nominés

courent après les prix

Mort, torture et possession par procuration

en attendant plus de live

sont en libre accès sur tous les écrans

dans toutes les collections

 

Il faut scandaliser non plus par l’imposture

mais en rêvant des vertus qu’aurait la censure

La meilleure, et d’abord pour soi-même,

est une assurance esthétique :

sans règles subies et interdits surmontés,

il n’est ni art, ni écriture 

La liberté ouvre aux facilités du pire;

à la rigueur enfin de nous faire survivre.

Le plus mauvais dans ce qu'on  écrit

est ce qui dit en clair ce  qu’il eut fallu crypter 

le sexe raconté n’est plus énigmatique,

mais névrose expliquée sans rien de poétique

 

Comment distinguer les fruits de la liberté

des attrapes du « sans limites » ?

et des fortunes des marchés ?

c’est à pleurer, c’est à fumer

Le « tout permis » égare plus qu’il n’affranchit

le « tout possible » qu’autorisent à tous les techniques

portent aux fractures plus qu’aux harmonies

et aux chaos d’architectures dans tous les sites

N’importe qui peut faire n’importe quoi

en n’ayant plus à se soumettre

aux climats et matériaux d’autrefois

 

La liberté n’ouvre chance de qualité qu’aux talents

la certitude de survie qu’aux génies

et il n’est pas établi qu’ils soient

plus qu’autres valeurs

garantis par la démocratie

 

 

 

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