baliser par quelques souvenirs éloquents l'histoire récente et les faire contribuer, par des commentaires d'actualité, à éclairer et choisir les changements, en s'interrogeant sur les propositions des politiques et les analyses des essayistes.
À l'ouverture du nouveau siècle, j'ai salué l'an 2000 par ces versets parfois , ici ou là, à nouveau publiés depuis lors. Les temps font qu'ils sont terriblement vrais et que rien n'est venu corriger ce qu'ils constataient et annoncaient.
Voici donc, encore une fois, mais en plusieurs morceaux pour ne pas donner tout à consommer et oublier d'un coup, ces REJETS
Pour l’anniversaire des morts et des vivants
nés entre les deux guerres
mon pamphlet est de bouts scandés
une rafale de mots amers
qui doit faire l’affaire
à bout portant
Du métier auquel j’ai cru
et de ceux que j’ai fait en plus
de choses que j’ai vues
je ne parlerai guère ici
l’ayant fait dans ces divers écrits
où j’ai vécu caché sous des pseudo sans liens
mais il me faut dire un peu
ce que j’ai sur le coeur
Ce peu que j’en dirai
sera déjà bien sévère
ne pouvant comme Maïakovski
brandir par dessus les murs de l’Histoire
la carte d’un parti
et n’ayant eu à sa manière
le courage de dire « au revoir »
Cette planète est mal outillée pour la joie
la joie, il faut l’arracher aux temps futurs
je n’ai jamais trouvé le pouvoir que j’eus voulu servir
mais ceux qui se sont fait complices en désespoir de cause
de sottise et complaisance en tous lieux accueillis
J’en fus trop l’auxiliaire ou le bouc émissaire
nomade ne sachant conduire ses ruptures
Pas plus que dans mes autres vies
je n’ai jamais su choisir
En voulant découvrir des compromis d’honneur
plutôt que le meilleur que chercha mon orgueil
dans les fumées de mes débats de conscience
jugeant bien, agissant à revers
solitaire par fidèle inconstance
n’aurai-je été des pires ?
Je ne connaîtrai plus
l’un de ces matins d’avant l’été
où l’on descend boire le café
allumer la première cigarette
voire passer une ou deux amourettes
sous les marronniers de Paris
les platanes du Midi
ou les pins de Bretagne et Provence
prendre à la maison de la presse
les journaux dont les infos vous inspirent
pourquoi et comment votre génération
peut et doit faire un monde plus heureux
Oui, j’ai eu ce goût de sang, de cendre dans la bouche
depuis bien longtemps
depuis que je cours après l’adolescent
ayant cru à l’unisson
de l’écriture, de l’amour et de l’action
En voulant être de ceux
qui écrivent l’Histoire en même temps qu’ils la font
je n’ai rien eu en fin de comptes
que ce goût de cendre et de sang
Faute de talent, faute de marché
en retard ou à contretemps
dédié d’abord à ses devoirs de vie
il n’est pas venu au bon moment
il n’a guère eu d’audience
ça n’intéresse plus personne
ce n’est plus l’écriture d’aujourd’hui
Il y a des ateliers pour cela désormais
et il n’y pas pas été, ce n’est pas un initié
rien que des fumées pour se consoler
dans ces domaines aussi
on m’a volé ma vie
En regardant dans ses rétroviseurs
il voit ses amours qui furent si vivantes
se faner en floues brassées d’erreurs
de nostalgies et de dettes entassées
mes cigarettes pour oublier
Et l’action toujours à recommencer
- sauf si Sisyphe devient Kamikaze -
est parvenue à le lasser
Comment ne pas en allumer une de plus
pour essayer de se retrouver
dès qu’on peut au matin
à nouveau respirer
après s’être juré dans les étouffements dans les éternuements
de ne jamais recommencer
Ils avaient rêvé des héros en série
avec de grosses têtes, de grosses mitraillettes
de gros sexes sur des corps de fil de fer
et en voilà beaucoup qui sont des patrons ronds
potelés pelotant
des secrétaires platinées et multilingues
derrière des bureaux mordorés
dans de grands immeubles de verre